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Avoir un beau jardin
Un beau jardin est source de satisfactions mais ce n’est pas le but qui importe, c’est le chemin. Cette chronique jardino-philosophique nous incite à avoir un regard bienveillant sur notre jardin et à en profiter.
Écouter la chronique de JDo Loiseau.
(Ces chroniques sont diffusées chaque semaine sur les radios D4B et Pigouille Radio)
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Transcription
Avoir un beau jardin est source de satisfaction, voire de fierté, mais cela prend un peu de temps !
Je vois régulièrement des jardinières, des jardiniers un peu dépités par un massif dont l’effet escompté n’est pas au rendez-vous, voire carrément déprimés de ne pas obtenir, malgré leur acharnement, le jardin qu’ils ou elles espéraient.
Souvent, passion rime avec pression. Internet et les revues de jardinage offrent à nos yeux les plus beaux jardins et les espérances les plus folles.
Je conserve, de mes premières visites de jardins, un souvenir cuisant : des arbres majestueux, de généreuses vivaces, des rosiers sans pucerons, des massifs impeccablement délimités, un foisonnement de feuillages luxuriants, des petites touches déco terriblement chics… De bons moments splendides, jusqu’à ce que je rentre chez moi pour retrouver mon jardin et ses défauts, uniquement ses défauts évidemment !
Il s’en suivait alors une phase de « jardiblues », associée à un terrible découragement me faisant bouder grelinette et plantoir pour plusieurs jours ou, au contraire, une frénésie de semis, de plantation, de taille, de réaménagement.
«Jardiblues ou bipolarité horticole » ???
On s’assoit, on se calme et on évalue la situation.
1) « L’herbe est toujours plus verte chez les autres, jusqu’à ce qu’on découvre que c’est du gazon artificiel ».
J’aime bien ces mots de Jacques Salomé, éducateur, psychologue, poète.
Jardiniers complexés, nous focalisons toujours sur ce qui pousse mal chez nous !
On pose un regard bien plus indulgent sur les jardins des autres. Mais sur les réseaux sociaux, blogs et autres revues, on ne voit que ce que l’on veut bien nous montrer… Cela n’a rien de malhonnête, c’est normal et naturel de montrer ce que l’on a réussi. C’est vendeur aussi sans doute, mais n’oublions pas, cela ne reflète pas complètement la réalité.
2) Beau ne veut rien dire.
La beauté est une notion subjective et extrêmement fugace. Certains s’émerveillent sur les jardins à la française, d’autres sur les prairies naturalistes.
Je connais un jardin tres joli en juin, il porte des espoirs de récolte et d’un bel été. Il l’est beaucoup moins en septembre ou en octobre pour peu que l’année ait été un peu sèche ou chaude.
Beau est éphémère et relatif. Votre jardin peut ne pas vous paraître beau alors qu’il l’est aux yeux des autres. Par ailleurs, au-delà de l’esthétique, un jardin a d’autres valeurs : écologique, nourricière, sociale…
N’en demandez pas trop, ni à vous, ni à votre jardin !
3) Il faut du temps pour faire un jardin, « un morceau de terrain et l’éternité » disait Gilles Clément, paysagiste renommé.
Sans doute y faut-il un peu d’argent également ?
Les plantes ont besoin de temps pour pousser. Elles ont besoin de quelqu’un pour semer, planter, tailler, désherber…. Et sur ce point, nous ne sommes pas tous égaux. S’occuper de son jardin 300 jours par an est un luxe. Avoir la possibilité d’y consacrer une demi-journée par semaine (les bonnes semaines…) correspond plus à la réalité de nombreux jardiniers. Nous n’accomplissons dès lors, pas du tout le même ouvrage.
Choisies ou contraintes, les priorités budgétaires ne sont pas les mêmes dans tous les foyers.
Au jardin, ce n’est pas important, car je me réjouis des semis spontanés, de mes boutures à bois dormants, de la sauge et de la coriandre vietnamienne rapportées du troc-plantes !
Gardez à l’esprit lorsque vous visitez un jardin remarquable… il a pu coûter beaucoup de temps et beaucoup d’argent.
4) Au bout du compte, ce n’est pas le but qui importe, c’est le chemin.
Au-delà de son apparence fugace, faites l’inventaire des plaisirs liés au jardin : le rêver, le transformer, partir à la recherche de nouvelles idées, de nouvelles plantes, les rapporter à la maison, les planter, les soigner, écouter le chant des oiseaux, surveiller les insectes et les reconnaitre, râler un peu contre les limaces, respirer l’air frais, le parfum de la terre et des seringats, produire trop de salades et les partager, prendre le soleil en mai et la fraicheur estivale du saule pleureur, … La liste est longue encore des plaisirs horticoles !
Si, au final, votre jardin ne ressemble pas tout à fait à une photo de magazine, est-ce si important ?
Avoir profité de tous ces instants, c’est l’essentiel !
À vos binochons, profitez de votre jardin, à la semaine prochaine !
